Théorie de l’I-Bagua

L’I-Bagua, c’est le mouvement

L’I-bagua est une série spécifique de pratiques du mouvement, une partie de la totalité des mouvements possibles disponibles pour le corps humain. Ce qui suit est une série d’idées et de principes du mouvement fondés sur la physiologie humaine qui sont applicables à tous les mouvements pour lesquels je vais m’efforcer d’expliquer pourquoi ils sont vitaux pour la santé et pourquoi ils dépassent de loin la zone de pratique.

Le corps humain a évolué afin de bouger

La médecine évolutionniste est une approche qui utilise des perspectives biologiques à long terme comme base pour étudier la santé humaine. Cela suppose qu’en tant qu’espèce, nous sommes parfaitement adaptés aux conditions pour lesquelles nous avons évolué et que nous avons passé la majeure partie de notre existence en tant qu’espèce.

Ces conditions impliquaient un bon nombre de mouvements, que ce soit pour chasser, faire la cueillette, aller chercher de l’eau, voyager sur un terrain accidenté ou pour les activités rituelles telles que la danse et le sport. Le corps humain a évolué pour s’adapter aux exigences qui lui étaient imposées, et en termes d’évolution, celles-ci étaient considérablement plus grandes que dans la vie urbaine moderne typique.

Le corps est conservateur

Le corps humain est également adapté afin d’être conservateur. Si une capacité de mouvement n’est pas utilisée, au fil du temps elle est perdue, ou du moins égarée. Cela se produit par une combinaison du tissu conjonctif qui raidit les articulations pour les stabiliser à la place des muscles actifs et par la perte du modèle de motricité dans le cerveau qui contrôle les mouvements.

Le résultat au fil du temps, c’est que le corps perd une gamme complète de mouvements. Certaines compensations se produisent dans le système du mouvement, ce qui entraîne l’usure des articulations et laisse le corps plus vulnérable face aux blessures. Le simple fait de glisser sur une chaussée mouillée ou de faire une erreur de calcul en mettant un vêtement peut se terminer par des foulures, des déchirures ou des chutes qui peuvent endommager les os (qui eux-mêmes sont devenus plus fragiles à cause de l’inactivité). La perte de la capacité du mouvement est une source considérable de souffrance et cela conduit à l’incapacité de vivre de façon autonome.

Heureusement, ces « adaptations » à l’inactivité peuvent être inversées. Cela exige de prendre une décision consciente et d’élaborer un programme intelligent de sorte que le processus puisse se produire à un niveau auquel le corps peut s’adapter. Cette adaptation peut avoir lieu à n’importe quel âge. On n’est jamais trop vieux pour s’entraîner.

Le corps n’est pas une machine

Alors que la métaphore qui dit que le corps est une machine est assez commune et a des mérites, elle n’est pas tout à fait vraie. Les machines s’usent, alors que le corps s’adapte. Cela est clair en ce qui concerne les muscles qui deviennent plus forts et plus gros suite à une bonne stimulation. Cela s’applique également aux os, aux tendons, aux ligaments et aux surfaces cartilagineuses, même si ces tissus s’adaptent plus lentement que les muscles.

Aussi, contrairement à la plupart des machines, l’intelligence est distribuée à travers le corps. Il y a des circuits complexes de rétroaction entre les différentes parties du corps et le cerveau qui sont utilisés pour contrôler non seulement le mouvement immédiat, mais aussi le système endocrinien, et pour également influencer fortement la prise de décision « rationnelle ».

Nos plus « hautes » fonctions dépendent du mouvement

Il est évident qu’une locomotion facile dépend de notre capacité à bouger. Il est moins évident, mais clair, que le fonctionnement de nos organes internes est également aidé par le mouvement.

Les systèmes circulatoire et digestif se composent d’une série de tubes et de valves qui poussent leur contenu en partie grâce à la contraction des muscles lisses que nous ne contrôlons généralement pas consciemment ou dont nous n’avons pas conscience. La circulation et la digestion sont également aidées par les changements de pression dans le corps engendrés par les changements de posture et de mouvements.

Voilà tout en ce qui concerne les fonctions « basses ».

La communication dépend également du mouvement. La posture et le geste véhiculent plus d’informations que les mots dans une communication en face à face. L’expression du visage et le ton de la voix sont également tributaires du mouvement. Je ne pourrais même pas taper ces mots sans une certaine forme de mouvement physique.

La première étape dans l’interprétation de la communication des autres a lieu en passant par un processus de modélisation. Fondamentalement, si je considère la posture et le geste de la personne qui communique avec moi, qu’est-ce que cela signifierait pour moi ? Ce processus se produit grâce à un mouvement physique minimal, ou à une participation consciente, mais dépend d’un modèle du langage du corps qui fonctionne et qui peut être enrichi par la pratique consciente de mouvement.

Le système nerveux a évolué afin de contrôler le mouvement

Les organismes qui ne bougent pas n’ont pas besoin d’un système nerveux. Nos organes sensoriels se sont développés afin que nous puissions naviguer entre l’endroit où aller et celui à éviter, le système musculaire et squelettique s’est développé pour nous faire bouger.

Les tuniciers, une classe d’animaux qui ont une notochorde, une moelle épinière de base, passent la première partie de leur vie à nager dans l’océan à la façon des poissons, et la partie suivante fixés aux rochers en tant que filtreurs. Une fois qu’ils s’arrêtent de nager et deviennent des organismes statiques, l’un des premiers changements dans leur corps est la perte de la notochorde. Elle n’est plus nécessaire.

Le niveau de sophistication du système nerveux augmente avec le niveau de sophistication des mouvements nécessaires.

En tant qu’êtres humains, de la branche des grands singes, nous ne nous contentons pas seulement de nager. Nous utilisons notre corps dans des interactions sociales complexes dans le but de trouver des partenaires et de nous établir dans des structures sociales. Que nous démontrions notre valeur à la société dans son ensemble ou à des membres individuels par l’art oratoire, la peinture, la sculpture, la discussion, la danse, la violence ou la musique, il nous est nécessaire de bouger pour le faire. À ce titre, tout apprentissage est l’apprentissage de nouveaux mouvements.

Comment optimiser le mouvement

Pour optimiser ce processus, cela nécessite un type spécifique de la pratique du mouvement. Ce n’est pas quelque chose qui aura lieu dans une salle de gym ordinaire.

Tapis roulants, appareils de musculation et cours d’aérobic sont source de mouvements équivalents à la restauration rapide. Dans la mesure où nulle autre nourriture ne sera donnée, ils empêcheront la famine, même s’ils manquent de vitamines et de minéraux, s’ils ne contiennent pas les bons ratios de macronutriments et s’ils entraîneront des problèmes de santé si on les consomme en excès.

Ceci est essentiellement le problème de l’industrie du fitness qui donne une approche simpliste du mouvement aux consommateurs. Mais le mouvement n’est pas de la consommation, c’est de la création !

Le fitness de consommation vise à enlever la complexité du mouvement, tout comme les culturistes visent à « isoler » les muscles. Cependant, les muscles ne travaillent jamais dans l’isolement, et la vie requiert la sophistication et non pas la simplification excessive.

L’industrie du fitness simplifie excessivement de sorte qu’elle puisse payer des salaires minima à des jeunes moniteurs à peine qualifiés qui utilisent des protocoles qui minimisent la responsabilité légale, tout en minimisant les résultats.

Minimiser les résultats est important parce que les résultats encouragent les clients à continuer et que, pour faire des affaires, les clubs de santé utilisent un modèle qui se base sur le fait que les clients payent pour un contrat et ne viennent pas.

Assez parlé de la façon de ne pas s’entraîner….

D’abord, résumons.

Le corps a besoin de bouger pour être en bonne santé, il s’adapte à l’activité et à l’inactivité. Le but initial du système nerveux était de contrôler le mouvement, et le mouvement reste le seul moyen par lequel nous pouvons exprimer les plus hautes fonctions du cerveau/de l’esprit.

Pour que l’entraînement soit optimal, il ne devrait pas servir simplement aux exigences physiques de la vie quotidienne et ceci pour deux raisons :


1. Les exigences physiques de la vie quotidienne de la plupart des gens ne sont pas suffisantes pour assurer un fonctionnement sain du corps, ce qui conduit à des douleurs articulaires, de la raideur, de la faiblesse, des problèmes de poids et une foule d’autres problèmes.

2. L’entraînement devrait préparer le corps pour des besoins hors de la normale. Par définition, le corps est déjà adapté à la «normale», car il vit normalement chaque jour. L’entraînement devrait préparer le corps pour les exceptions et les situations d’urgence.

Pour les personnes dont la vie quotidienne est physiquement exigeante, ce dernier principe s’applique toujours, même s’il doit aussi y avoir un aspect d’équilibre pour l’entraînement. Mettre trop l’accent sur des mouvements spécifiques conduit à la perte des autres mouvements, si on ne fait pas attention. Les problèmes qui en résultent ne sont pas tellement dus à un entraînement excessif, mais plutôt à une trop grande spécialisation.

Mouvements et non muscles

Le corps est une unité, il doit être entraîné de cette façon. Le corps ne « pense » pas en termes de muscles, il « pense » en termes de mouvements.

Pour développer le mouvement, il est préférable d’être conscient et au courant de la façon dont le mouvement est effectué. Cela nécessite de l’attention, et avec de l’attention, le choix et le raffinement seront possibles.

Les bons mouvements améliorent l’intelligence

Puisque le système nerveux a évolué pour le mouvement, et que le mouvement est la base de toute expression, l’entraînement conscient du mouvement est la source de tout apprentissage. Le bon mouvement fait de vous un meilleur apprenti, ou si vous voulez, vous rend plus intelligent.

Mouvement et habitude

Si nous nous limitons aux mouvements que nous « aimons », nous risquons de devenir spécialisés dans ces mouvements, ce qui nous rendra faibles et vulnérables en dehors de ceux-ci.

Un bon entraînement nécessite des méthodes qui nous forcent, nous dupent ou nous trompent afin de nous faire sortir de nos habitudes.

C’est là que la pratique avec partenaire est inestimable. Un des rôles d’un partenaire est de nous forcer à nous adapter au mouvement de l’autre.

L’objectif de ceci est non seulement d’élargir le répertoire des mouvements actuellement disponibles, mais aussi d’inculquer qu’il faut aller au-delà des habitudes telles qu’elles sont, pour avoir la sensation d’entrer dans ce qui est inhabituellement familier, de sortir dans de nouveaux domaines d’incompétence, pas comme quelque chose à craindre, mais comme le renouveau de la vie.

Si tout ce que vous êtes se résume à des habitudes, vous n’êtes pas éveillé au vrai sens du mot ; si vous n’apprenez pas, vous êtes en train de mourir, et tout apprentissage est un nouveau mouvement.

Limites au mouvement

La capacité de bouger est limitée par un certain nombre de facteurs. Ceci est un modèle simpliste, mais il nous permet d’analyser et de développer l’entraînement d’une manière utile.

1. La capacité à supporter la force
2. La capacité à coordonner les mouvements
3. La capacité à gérer le changement

La capacité à supporter la force


Premièrement, voyons la capacité à supporter la force. La force est le domaine du système musculo-squelettique.

La force est activement exercée par la contraction musculaire et acheminée par le squelette au point d’application – dans le cas d’un saut, il s’agit des pieds et du sol. La force est également appliquée sur le corps à partir de l’extérieur – par exemple, lors de la réception après un saut.

Si vos muscles ne sont pas assez forts, vous ne serez pas capable de faire un mouvement. Si vos os ou vos articulations ne sont pas assez fortes pour effectuer un mouvement sans dommage, alors votre système nerveux va empêcher vos muscles d’exercer la force nécessaire pour le mouvement.

La capacité à supporter une force est également affectée par l’angle auquel la force est appliquée ou reçue. Nous pouvons supporter le plus de force lorsque le corps est aligné de façon optimale par rapport à cette force. Ceci est une idée clé dans les arts martiaux, celle d’utiliser vos lignes de force les plus fortes sur les lignes de force les plus faibles d’un partenaire.

La capacité à coordonner le mouvement

Le mouvement est coordonné par le cortex moteur et le système nerveux. Les mouvements sont appris.

Les bébés sont aussi impuissants en partie parce qu’ils ont si peu de capacité à bouger. Au fil du temps, ils apprennent à bouger leurs mains et leur tête, à se tourner, à ramper, à s’asseoir, puis finalement à se mettre debout et à marcher. Il fut un temps où vous ne pouviez pas écrire ; vous avez passé de nombreuses heures à apprendre à bouger votre main pour faire en sorte qu’un stylo puisse former des lettres sur une page.

Ceci s’applique également aux plus grands mouvements. Des coordinations très spécifiques sont nécessaires pour que le mouvement soit efficace – et efficace peut signifier « pour l’application efficace de la force » – ou pour exprimer l’émotion (par exemple dans la danse).

Il y a des parties de votre corps que vous n’avez probablement jamais appris à bouger indépendamment des autres parties. Il y a certainement des combinaisons de mouvements et des synchronisations différentes de coordination que vous n’avez pas encore apprises. Les possibilités de mouvement sont infinies, vous ne les développerez jamais toutes. C’est pour cela qu’il serait judicieux de choisir celles qui vous donnent le plus grand choix.

La capacité à gérer le changement

Cette catégorie est vraiment un mélange des deux catégories ci-dessus.

Disons que, en raison de la force de mes muscles, de mes os et de mes articulations, je puisse exercer une force X lorsqu’elle est alignée de manière optimale. Mon système nerveux est familier avec la façon de coordonner le mouvement avec cet alignement optimal.

Maintenant, disons que, en raison d’un facteur inattendu tel qu’une surface glissante, un adversaire résistant ou le fait que je sois distrait et pas concentré, le modèle de mouvement soit en quelque sorteperturbé.

Le meilleur résultat serait que je puisse m’adapter à la nouvelle situation et toujours générer X (en fait, le meilleur résultat serait de s’adapter à la situation et de générer plus de X).

Un résultat raisonnable serait que la force générée soit inférieure à X.

Un résultat possible serait que le changement dans l’alignement ait entraîné la force à passer à travers mon corps de manière à ce que les articulations/muscles/os soient incapables de traiter la force, causant ainsi des blessures.

Ainsi, la capacité à gérer le changement est affectée par la force et la stabilité du système musculo-squelettique à tous les angles, pas seulement à ceux qui sont optimaux, et également par la capacité du système nerveux à modifier la position du corps pour qu’il soit à un angle soit optimal soit sécuritaire.

Lorsque la force et la stabilité à différents angles sont limitées, la capacité à gérer le changement est gravement compromise. Lorsque la coordination et le groupe des mouvements facilement disponibles pour le système nerveux sont restreints, alors la capacité d’adaptation sera également limitée.

Mouvements pour les arts martiaux

Avant d’aborder les spécificités du Bagua, examinons les arts martiaux dans le domaine plus vaste du mouvement.

En combat, qu’il soit pour le sport ou la survie, il y a des contraintes – des positions dans lesquelles vous ne voulez pas vous mettre. Ces positions sont déterminées par des armes et des cibles. Les armes du corps sont les parties qui peuvent efficacement exercer une force – les mains/poings, les coudes, les genoux et les pieds par exemple. Les cibles sont les parties du corps qui sont facilement endommagées ou contrôlées. Le visage ressort comme étant la première cible, bien qu’il y en ait beaucoup d’autres.

Une bonne partie de l’entraînement dans les arts martiaux est d’apprendre la façon d’exercer une force à travers les armes du corps, de reconnaître les cibles et de protéger la vulnérabilité.

L’une des contraintes de mouvement les plus évidentes, et une erreur courante chez les débutants (et les adeptes expérimentés d’arts martiaux dans lesquels frapper n’est pas pratiqué avec un contact) est de déplacer une cible dans le périmètre de frappe d’un adversaire sans couverture de protection. Un débutant se rapproche pour donner un coup, il s’avance et puis frappe. Le fait de s’avancer l’amène dans le périmètre de l’adversaire. Ça équivaut à « ouvrir une porte avec votre tête ». La méthode la plus raisonnable est d’attaquer avec la main, de frapper et d’avancer simultanément – « ouvrir la porte avec votre main ».

Donc, dans les arts martiaux, on porte une attention compréhensible sur les mouvements et les positions qui n’exposent pas vos zones vulnérables aux attaques.

Toutefois, ce n’est que la moitié de l’histoire, la moitié « idéale ».

L’adversaire tentera de mettre votre corps dans ces positions vulnérables, soit par la force, l’habileté ou la ruse. Vous pouvez très bien vous retrouver dans une telle position par hasard, à cause d’une surface glissante ou d’obstacles dans l’environnement.

Cela signifie que l’entraînement du mouvement pour les arts martiaux ne devrait pas seulement familiariser votre corps avec des situations idéales, ou des situations « équitables » et « équilibrées », mais il devrait aussi le familiariser avec la façon de bouger à partir de positions désavantageuses.

Ce passage de Zhuangzi illustre l’idée.

Un disciple de Confucius rencontra le batelier qui affichait des compétences surnaturelles. Curieusement, il demanda : « Est-ce qu’une personne peut apprendre à manier un bateau comme vous ? »
« Certainement, dit le batelier, si vous voulez être un bon batelier, ne vous préoccupez pas de ramer. »
« Apprenez à nager, dit le batelier, un bon nageur se fera très rapidement la main pour manipuler le bateau. Si un homme peut nager sous l’eau, même s’il n’a jamais vu un bateau auparavant, il saura toujours comment le manipuler ! »
Le disciple ne comprenait pas très bien ce que le batelier voulait dire et pria Confucius de lui expliquer clairement.
« Un bon nageur pourra utiliser un bateau en un rien de temps, cela signifie qu’il a oublié l’eau, dit le sage, si un homme peut nager sous l’eau, même s’il n’a jamais vu un bateau auparavant, il saura toujours comment le manipuler ! C’est parce qu’il voit l’eau comme de la terre sèche et qu’il considère que chavirer d’un bateau est comme se renverser d’un chariot ».
« Les dix mille choses peuvent toutes être en train de chavirer et de récidiver en même temps juste en face de lui et cela ne le touchera pas ni n’affectera ce qu’il a en lui. Alors, où pourrait-il aller sans être à son aise ? », ajouta le sage.

Donc, que ce soit pour les arts martiaux ou la vie en général, l’entraînement des mouvements n’a, à la base, pas seulement une familiarité avec la situation souhaitée, mais aussi la capacité d’être en accord avec vos plans, ou avec une situation qui est renversée – peut-être littéralement.

Entraînement des mouvements de l’I-Bagua

Comme nous pouvons le voir dans les sections précédentes, l’entraînement des mouvements de l’I-Bagua se situe dans le contexte plus large des mouvements des arts martiaux, qui à son tour se situe dans le contexte plus large du mouvement.

Pour être compétent en Bagua, il est utile d’être compétent de manière générale en ce qui concerne le mouvement. Toutefois, nous allons maintenant examiner de plus près les spécificités du mouvement du Bagua.

Le mouvement du Bagua a les caractéristiques suivantes :

1. Il est stratégique et tactique
2. Il génère une force d’une manière spécifique qui supporte la stratégie et la tactique

La stratégie du Bagua est un changement continu et imprévisible. La génération de force est détendue et utilise le corps entier en tant qu’unité. Le corps est entraîné à reconnaître les angles auxquels un adversaire aura le moins de chance d’employer la force, de rester en équilibre et d’être capable de bouger.

Le Bagua explore les modèles de mouvement et d’équilibre naturels du corps et marque une ligne entre la stabilité en tant que base pour l’exercice de la force et l’instabilité en tant que base pour le mouvement.

Le modèle de mouvement naturel au cœur du Bagua est la marche. Elle donne la mobilité et la capacité de fournir de la force par le transfert de poids. Pour le mouvement, le modèle naturel est complété en faisant des pas longs et profonds avec une torsion exagérée des pieds.

Pour la stabilité, le modèle naturel est complété par le développement de l’équilibre dans des positions inconfortables – tordu et sur une jambe.

Cette façon de marcher exagérée est également utilisée comme base pour le sautillement, le piétinement, les méthodes du jeter et du coup de pied.

Toute la génération de force venant du corps permet à celui-ci de rester relativement détendu et capable de brusques changements de direction.

Grâce à la relaxation, le corps a une plus grande sensibilité tactile et la capacité de lire ou de répondre aux mouvements de l’adversaire. Cela conforte la stratégie du Bagua qui n’est pas de s’opposer à la force de l’autre, mais de se fondre avec elle et de l’utiliser.

L’utilisation de la force de l’adversaire est entraînée à des échelles différentes. Elle peut être appliquée alors que l’on bouge sans contact sur des distances de plusieurs mètres, et elle peut être appliquée en petits cercles autour des articulations individuelles à une échelle calculée en centimètres.

I-Bagua et yijing

Bagua est associé au Yijing, le classique chinois du changement. Les huit trigrammes (bagua) qui sont au cœur du Yijing soutiennent une grande partie de la pensée et de la culture chinoise.

Les trigrammes eux-mêmes sont des symboles binaires, le yin (lignes discontinues) et le yang (lignes continues) qui remplacent le 0 et le 1 du binaire moderne. Alors que différentes combinaisons de yin et de yang en tant que trigrammes en sont venues à être associées à l’image spécifique dans le Yijing, ce sont les idées sous-jacentes du yin et du yang qui sont les plus intéressantes pour nous en tant qu’artistes martiaux.

Une idée fondamentale est que le yin et le yang sont toujours relatifs et complémentaires. Deux opposés complémentaires sont grand et petit. Ils sont relatifs et complémentaires car pour que quelque chose soit considéré comme grand, il doit être comparé à quelque chose d’autre qui doit être plus petit.

Dans les arts martiaux, les paires complémentaires qui sont pertinentes ont pour la plupart quelque chose à voir avec la position dans l’espace du corps humain ou avec le corps humain, et avec le mouvement.

À ce titre, nous avons :

  •  Gauche/droite
  • Haut/bas
  • En avant/en arrière
  • À l’intérieur/à l’extérieur
  • Allongé/contracté
  • Droit/courbe
  • S’éloigner/s’approcher
  • Au-dessus/en-dessous


Cela peut également être facilement appliqué à des qualités du corps et du mouvement :

  • Mou/dur
  • Lent/rapide
  • Changeant/constant
  • Direct/indirect
  • Agressif/défensif
  • Lourd/léger

Lorsque l’on considère les mouvements officiels du Bagua, la norme de comparaison est le simple changement de paume, un modèle clé qui peut être montré pour créer les autres formes à travers de tels changements de yin-yang.

Du point de vuecognitif,cela permetune grandeadaptabilitéà partir d’unseul mouvementqui peut être appliquédans de nombreuses situations. Il n’est pas nécessairede chercher à traversun vaste ensemble detechniquespour répondre à unesituation, lecorps et l’espritpeuventaller directementau simple changementde paume (voirmon livre sur le simple changement de paume).

Ciel antérieur et ciel postérieur

Dans leYijing, il y a deux arrangements deshuit trigrammes, XiantienetHotien ; ceux-ci sontgénéralementtraduits par le ciel antérieur et le ciel postérieur. Le ciel antérieur fait référence àun état idéalde l’équilibre, de lastatiqueet de l’éternel.L’arrangement du ciel postérieurmontreune situation quiévolue et change.

Le ciel antérieur et le ciel postérieur sont aussi des qualités complémentaires du yin et du yang, ils font référence à la théorie et la pratique, à l’idéal et au réel.

Dans les mouvements du Bagua, le ciel antérieur fait référence à ces méthodes d’entraînement qui visent à développer les qualités du mouvement, du corps et de l’esprit. Le ciel postérieur fait référence à des exercices qui appliquent les qualités du mouvement développé par la pratique du ciel antérieur ; ils incluent les modèles du mouvement tactique et les moyens d’exprimer clairement la force du corps dans des directions spécifiques.

Pédagogie de l’I-Bagua

Nous pouvons diviser l’I-Bagua en différentes sections pour un entraînement plus commode.

• Le mouvement général
• Le mouvement formel
• L’attention et la concentration
• Les exercices avec partenaire


L’ensemble de ces quatre sections se soutiennent les unes les autres et les divisions entre elles sont à bien des égards artificielles.

L’accent est mis sur l’expérience directe et l’exploration, plutôt que sur la théorie.

Un autre concept important est que les classes sont plus ludiques que formelles.

Nous avons déjà vu que notre corps (primate) est au meilleur de sa santé quand il bouge beaucoup et souvent. Le jeu est la modalité par laquelle les jeunes mammifères explorent et développent leurs habiletés motrices. Cela convient tout aussi bien aux vieux mammifères, y compris à l’espèce de primate à laquelle nous appartenons.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de périodes de concentration ou d’intensité silencieuses, ou qu’il n’y ait pas de normes à atteindre. Cela signifie simplement que « l’échec » est quelque chose qui doit être bien accueilli, au même titre que la joie, le rire et la créativité.

L’imitation est une partie importante de l’éducation physique. Un enseignant a la responsabilité de choisir et de présenter l’information de façon à ce que les élèves puissent suivre, ce qui permet de progresser et de se développer.

De même, l’étudiant a la responsabilité d’explorer et de développer ces mouvements à l’intérieur de son propre corps. S’il s’agit d’un procédé ennuyeux, il sera facile de perdre la motivation, s’il est trop vague, l’étudiant sera distrait par tout ce qui sera plus intéressant ou plus urgent à ce moment-là.

Idéalement, l’étudiant doit devenir fasciné par les mouvements, passionné par l’exploration. Toutefois, étant donné la vie que mènent la plupart des professionnels urbains, le mouvement et la conscience du corps sont des territoires qui, au lieu de paraître naturels et accueillants, semblent étrangers.

Les polarités de l’apprentissage

Un thème que nous avons déjà abordé de manière différente est celui des pôles opposés complémentaires. Dans une polarité, nous avons la théorie/la pratique.

Une autre paire importante est la passion et la concentration. La passion est semblable au fait de tomber amoureux, c’est une explosion soudaine de rêves, de possibilités entraperçues, de relations émoustillantes qui encouragent l’action et l’enthousiasme. L’expérience subjective résonne dans le cerveau, qui crée de nouveaux neurones et relie ceux qui existent déjà.

La passion doit ensuite se raffiner par une pratique rigoureuse. Dans la pratique, la grande étendue des possibilités est examinée et triée. Ce qui ne donne rien est rejeté, ce qui fonctionne est renforcé. Dans le système nerveux, les connexions inutilisées se flétrissent, les connexions utilisées se renforcent. Ce qui stimule en même temps, se lie ensemble.

Pour optimiser l’apprentissage, il est important de fluctuer à travers les deux phases de ce processus. Se reposer uniquement sur la passion mène à la dissipation, à la distraction sans fin et ne mène à aucun progrès. Se reposer entièrement sur la pratique focalisée conduit à la spécialisation, à l’étroitesse de la vision, à la perte de motivation et à des blessures dues à l’abus.

Dans le cadre de l’I-Bagua, ces cycles peuvent se produire à différents niveaux. La passion peut s’éveiller à la découverte d’une nouvelle façon de bouger ou d’un nouveau principe, en commençant une nouvelle forme, en apprenant une nouvelle série de techniques. L’attention fait des bonds et s’approche des aspects disparates de l’expérience.

La concentration a lieu lorsque l’attention est limitée. Les formes et les mouvements sont exercés avec conscience. Les techniques sont répétées encore et encore, et analysées pour savoir où sont leurs points faibles et dans quels cas elles fonctionnent le mieux.
De toute évidence, ce cycle d’apprentissage s’applique à davantage qu’à l’I-Bagua. Cela nous amène à une autre idée importante.


Mouvement, métaphore et vie

Un aspect important et souvent négligé de l’expérience humaine est la métaphore.

Notre cerveau ou notre esprit fonctionnent d’une façon si homogène qu’il est facile d’oublier que ce que nous vivons en tant que réalité est en fait un ensemble de transformations qui se produisent entre nos organes sensoriels et notre cerveau. Le résultat est un sentiment de « je » qui navigue à travers un monde fixe. La raison de cette expérience du « je » est un mystère, tout comme l’ensemble du processus de sa création.

Aussi homogène que le sens du « je » puisse être, il y a des lacunes dans l’acte de représenter le monde intérieur. Les magiciens étudient et utilisent celles-ci comme moyen pour réaliser des illusions. Les états modifiés de conscience que l’on trouve dans la méditation et dans l’attention focalisée de la pratique du mouvement peuvent révéler ces lacunes et enrichir l’expérience d’être en vie.

La métaphore est créée d’après la façon dont les humains expérimentent le monde et est intégrée à l’expérience du monde. Le langage est rempli de métaphores. Une charmante personne peut être décrite comme étant douce et une personne intelligente comme étant brillante ; les idées sont matière à réflexion et nous pouvons être en harmonie avec nos collègues.

Ce qui est commun à ces métaphores, c’est qu’elles sont basées sur l’expérience sensorielle – notre premier moyen de donner un sens au monde. Même lorsque nous prenons un mot ou un concept qui n’est apparemment pas sensoriel, comme les mathématiques, afin de lui donner un sens, nous utilisons une collection d’images, de sentiments, de sons et d’autres mots, qui sont eux-mêmes décrits comme étant sensoriels. Cela se produit très rapidement avec des concepts familiers, et à bien des égards, l’apprentissage scolaire est la création de nouvelles collections de représentations sensorielles qui ont pour but de s’adapter à de nouveaux termes et concepts.

Ici, la chose importante est que nous utilisons des représentations intérieures basées sur les sens physiques pour comprendre les concepts, les situations et la vie. Une des façons dont nous commandons ces représentations est spatiale. La signification d’une image peut varier considérablement en fonction de sa position dans notre champ d’expérience. Par exemple, il est fréquent que les gens mettent le passé « derrière » eux, ou gardent les personnes qu’ils aiment « près de leur cœur ».

De cette façon, le corps devient un champ de référence. Nous pouvons être énervés, anéantis, éclairés, titillés, attirés, aveuglés ou assourdis par des événements.

Les mouvements eux-mêmes renferment aussi une signification. Le mouvement, le geste, la posture et l’expression sont le langage d’origine. Nos cousins ​​primates gèrent des hiérarchies sociales sophistiquées basées sur le langage du corps.

Il s’ensuit que toute pratique de mouvement, avec prise de conscience, qui développe notre vocabulaire du mouvement possible permettra également de développer notre vocabulaire d’être.

Il est également possible d’utiliser un tel processus d’exploration consciente du corps afin d’élucider les métaphores que nous utilisons pour comprendre nos vies, les métaphores qui peuvent être utiles dans un contexte spécifique, mais peuvent empêcher le progrès dans un autre.

À ce titre, nous pouvons voir le mouvement non seulement comme un ensemble fonctionnel d’outils pour naviguer dans l’espace extérieur, mais aussi comme un écran et un tableau de bord grâce auxquels nous contrôlons et modifions le sens.

Le Bagua lui-même est riche en métaphores, tout comme le sont les arts martiaux qui modélisent l’interaction humaine, nos attitudes face à la force et la façon dont le « Je » fait face à « l’autre ». Dans l’I-Bagua, les métaphores que nous visons à intégrer sont les suivantes :

• Vous pouvez adapter et changer les circonstances, mentalement et physiquement

• Vous pouvez utiliser les circonstances plutôt que de leur résister

• Vous ne pouvez pas contrôler la vie, ni vos partenaires, vous pouvez uniquement contrôler vos choix

• La grâce, l’élégance et la beauté sont liées à l’efficacité, l’efficience et la puissance

Notre expérience est un tissu tissé à partir des fils de l’expérience sensorielle, de l’état physique, des représentations intérieures et des métaphores directrices. Nous pouvons utiliser n’importe quel fil pour changer la nature de l’ensemble du tissu. L’image peut changer le mouvement, le mouvement peut changer un état et, à la longue, modifier la forme physique, l’attitude et le caractère.

Formalité, jeu et défaite

En surface, les arts martiaux sont associés à des mots tels que « discipline », « tradition » et « rituel ». Ils sont moins souvent associés au mot « jeu ».

Toutefois, quand vous regardez sous la surface des arts martiaux, vous trouvez une grande variété à travers l’histoire, la culture et les individus. Les arts martiaux sont aussi bien dirigés par des personnalités que par des institutions. À ce titre, les arts martiaux ne sont pas différents de tous les autres domaines de l’entreprise humaine, et comme nous l’avons déjà fait remarqué, les êtres humains sont des primates et des mammifères.

Les mammifères jouent à la fois pour leur propre bien et parce que cela fait partie de l’apprentissage. Le jeu nous permet d’explorer, de gagner, de perdre et d’aller au-delà des limites du comportement normalement autorisé. Le jeu élargit nos possibilités en ce qui concerne le comportement.

Il est important de perdre quand on joue. Si vous n’êtes jamais battu, cela signifie alors que vous ne jouez pas à un niveau approprié. Le fait de ne jamais être battu conduit à la volonté de protéger un record « parfait », un sentiment illusoire de « maîtrise ».

Les arts martiaux sont pleins d’histoires de maîtres imbattables – ces histoires sont très populaires car elles font appel à un sentiment d’insécurité et au désir de contrôler la vie et d’éviter toutes formes de désagréments – l’humiliation, la défaite et la mort. Cependant, la vie a d’autres projets ; même les grands maîtres finissent par mourir.

Le succès est formidable et doit être célébré, mais la défaite et l’échec nous enseignent les plus grandes leçons. C’est un bon entraînement que d’apprendre à accepter et à apprécier de perdre.

D’un autre côté, du point de vue du progrès, il est préférable de ne pas toujours perdre. Les jeux que nous jouons ne sont pas souvent symétriques – les joueurs n’ont pas toujours les mêmes rôles ou les mêmes tâches.

Habituellement, une ou plusieurs personnes posent un problème à résoudre, le problème peut subvenir sous la forme d’une sorte d’attaque physique – une demande de mouvement et de prise de conscience. L’attaquant peut évaluer le niveau d’intensité de sorte que le « solutionneur » joue à la limite de ses capacités. En général, nous visons un taux de réussite de 80% de la part du solutionneur.

La pratique en solo peut être ensuite utilisée pour compléter les leçons apprises dans le jeu, pour perfectionner des mouvements spécifiques et renforcer les faiblesses observées.

Si vous n’êtes pas concentré, que vous ratez et riez, vous n’êtes probablement pas en train d’apprendre aussi bien que vous le pourriez.

Le jeu et le paradoxe des arts martiaux

En fin de compte, les arts martiaux sont déplaisants. Ils impliquent des mouvements qui sont conçus pour mutiler et tuer d’autres personnes, conçus pour être utilisés dans des situations où d’autres visent à nous mutiler ou nous tuer. Ce n’est pas quelque chose qui peut être pratiqué de façon « réaliste » sans blesser gravement les camarades de cours.

C’est ce que j’appelle le paradoxe des arts martiaux. Nous devons pratiquer en toute sécurité ce qui est meurtrier.

La solution à ce paradoxe qui prend de nombreuses formes consiste à diviser un conflit meurtrier en sections distinctes, dont chacune peut être pratiquée avec une sécurité relative, dans le but que les sections individuelles puissent être recombinées efficacement en cas de besoin.

La pratique des formes en solo, des techniques fixes avec un partenaire, des sacs de frappe et des pao, l’utilisation d’équipements de sécurité et un entraînement limité sont tous des exemples de ces divisions.

Nous utilisons tout cela dans l’I-Bagua, ainsi qu’une grande variété de jeux. Le problème avec de nombreux arts martiaux, c’est qu’ils se concentrent sur un type bien particulier de jeu ou de compétition. En judo et en lutte, il s’agit du jeter et du grappin, en Taekwondo du coup de pied, en karaté Shotokan, il s’agit de frapper sans avoir beaucoup de contact, dans le Taiji, il s’agit de déséquilibrer.

On peut gagner une capacité et des compétences considérables en s’engageant dans de tels jeux. Toutefois, les règles sont fixes et symétriques. Les deux participants ont les mêmes objectifs, et au fil du temps, la culture de l’art martial peut devenir obsédée par la réussite au sein de ces règles.

Un grand nombre des jeux auxquels nous jouons ne sont pas symétriques, non seulement pour nous aider à apprendre, mais aussi parce que la vie est rarement symétrique. Dans les situations de conflit, nous avons rarement les mêmes objectifs que ceux des personnes avec qui nous sommes en conflit.

Si nous sommes agressés, notre objectif et notre priorité ne seront sans doute pas les mêmes que ceux de l’agresseur. L’agresseur peut désirer nos ressources financières, et bien que nous puissions souhaiter les conserver, notre premier objectif sera probablement de rentrer chez nous en toute sécurité. Nous pouvons également partager certains objectifs – pour maintenir un certain sentiment de fierté et éviter l’humiliation.

Reconnaître et fonctionner avec les objectifs des autres est sans doute plus utile pour la sécurité personnelle que n’importe quel nombre de compétences meurtrières des arts martiaux.

Nous utilisons donc le jeu comme un moyen de séparer les compétences et les qualités nécessaires pour survivre aux conflits meurtriers afin d’en faire des morceaux digestibles, de développer la flexibilité et aussi comme une méta-leçon des interactions humaines.

Usage du corps, capacités et états inhabituels

Une discussion ou une explication sur les arts martiaux ne serait pas complète si elle n’abordait pas les pouvoirs et les capacités extraordinaires. Les arts martiaux sont pleins d’histoires de maîtres qui font preuve de pouvoirs et de capacités extraordinaires dont certaines incluent : une force, une endurance et une force de frappe peu communes, une agilité inhabituelle, la capacité de lire dans les pensées ou de contrôler les autres à distance, une santé, une vitalité ou une énergie physique hors du commun.

Pour de nombreux participants, ces capacités sont en partie ce qui les attire dans les arts martiaux.

Un grand nombre de ces histoires ont un certain fondement dans des événements réels, beaucoup sont entièrement fictives ou conçues en tant que métaphores.

Cet attirance pour les « pouvoirs spéciaux » est généralement due à la volonté compréhensible de contrôler la vie afin d’éviter les désagréments de l’âge, de la défaite et de la mort. Étant donné que ces désirs sont presque universels, il est naturel que les exceptions peu communes aux règles qui nous montrent à quel point nous sommes vulnérables à ces facteurs soient le centre d’intérêt.

En tant qu’adepte à long terme des arts martiaux « intérieurs », des personnes aussi bien occidentales que chinoises m’ont souvent demandé si je pouvais voler. Pour mettre les pendules à l’heure, oui, je peux voler, mais j’utilise Easyjet et préfère voyager par la route.

Les pouvoirs les plus extraordinaires peuvent s’expliquer par des moyens relativement simples.

• Le premier est la pratique – le corps peut développer une force, une endurance et une agilité peu communes. Cela nécessite une énorme quantité de travail, d’entraînement et de recherche physique. Il n’y a pas de raccourcis, mais il y a des impasses.

• La deuxième est la mise en scène. Les pouvoirs extraordinaires peuvent être truqués, et les vraies compétences peuvent être mise en place afin de paraître plus étonnantes qu’elles ne le sont réellement. Cela se produit tout le temps dans le but de divertir. C’est ce que les magiciens de scène font – ils s’entraînent pendant des heures, ont des compétences raffinées, mais mettent en place leurs démonstrations de sorte que la compétence qu’ils utilisent ne soit pas évidente et qu’un mystère satisfaisant soit créé. Quelque chose comme cela peut se produire à travers la culture : un mot tel que « qi » est exotique pour les Occidentaux et semble dénoter quelque chose au-delà du physique, tandis qu’au sein de sa culture d’origine, cela désigne un ensemble de compétences et de phénomènes plus clairement définis.

• La troisième est la chance. Lorsque les gens vivent à la limite de leurs capacités, parfois les choses vont spectaculairement mal et parfois elles vont spectaculairement bien. Quand la deuxième solution se produit et qu’il y a des témoins, alors une légende est née.

• La quatrième est l’illusion. Les pratiques méditatives peuvent conduire à des états d’esprit inhabituels, à vivre la dissolution des limites, au développement de la conscience, à des visions et de fortes sensations physiques. Tout ceci se limite en grande partie à la conscience subjective de la personne qui les vit et peut être extrêmement précieux dans un contexte approprié. Toutefois, si cela est donné à la culture d’un groupe dont les membres veulent croire en l’existence de ces pouvoirs, cela conduit à la coopération au sein du groupe pour montrer qu’ils sont réels.

À mon avis, la plus grande force est de se rendre compte que la vie est déjà extraordinaire, que vous êtes déjà un miracle, tout comme le sont les gens et le monde qui vous entourent. Ceci est facile à oublier et il est merveilleux de se le rappeler !

Pour toutes les compétences, les avantages physiques, cognitifs et émotionnels de l’I-Bagua sont en fin de compte un rappel et une expression de la vérité ci-dessus.

Pour résumer et conclure

  • Le système nerveux s’est développé afin de contrôler le mouvement.
  • Les sens nous disent dans quelle direction bouger (et comment).
  • Le corps s’adapte, apprend à acquérir de nouvelles capacités – ou à s’en débarrasser.
  • Le corps humain s’est développé afin de bouger, les problèmes de santé ne proviennent pas d’une suractivité, mais de l’inactivité/ d’une activité déséquilibrée.
  • Le mouvement est fondamental pour tous les aspects de la vie humaine, pour la communication, le bon fonctionnement du cerveau et pour garder la santé. Apprendre par le corps est le premier apprentissage, le plus fondamental – il stimule la capacité de tout autre apprentissage.
  • Toute la communication humaine repose sur le corps et le mouvement en tant que moyen d’expression. Un sourire, un clin d’œil, une parole, un mot dactylographié. Le corps sert aussi de médiateur à la compréhension. La conscience du corps est la base de la sagesse et de la compassion, ainsi que de la force et de la puissance.
  • L’esprit répond à la métaphore, le corps et le mouvement représentent une source riche en métaphores. Le mouvement peut être utilisé pour explorer et modifier les métaphores, et aussi pour comprendre la vie et prendre des décisions.
  • Le mouvement est infini, non maîtrisable, mais peut s’apprendre ! Aucun système ne peut tout avoir, tout comme la vie ne peut être contenue dans un seul système, mais il est possible d’explorer systématiquement. L’I-Bagua est une partie limitée du mouvement, mais il peut toujours être exploré à l’infini.
  • Le mouvement fonctionnel ne veut rien dire sauf si vous savez quelle en est la fonction. Le mouvement dysfonctionnel SIGNIFIE quant à lui quelque chose. Le mouvement dysfonctionnel blesse le corps physiquement ou le rend abruti, ou les deux. Tout mouvement peut devenir dysfonctionnel si on en abuse, l’utilise à outrance ou le sous-estime !
  • L’I-Bagua offre à la fois le développement des modèles de base du mouvement humain et un certain nombre d’autres plus spécialisés liés aux compétences de combat. Ces compétences et ces modèles sont développés en accord avec la structure du corps et reconnaissent le rôle vital du jeu dans l’apprentissage humain.
  • Il existe des règles de mouvement qui sont spécifiques aux arts martiaux. Il y a ceux qui se font et beaucoup qui ne se font pas. Faites ceux qu’on ne doit pas faire et vous serez blessé, ou pire. Les opposants vous forceront à faire ceux qu’il ne faut pas, vous ne pourrez pas choisir ce qu’ils feront (même si vous pouvez diriger ou tendre un piège), vous devrez donc vous adapter et apprendre avec votre corps à ce moment-là.

La vie, c’est le mouvement, et la vie n’est pas contrôlée. Ne pas apprendre, c’est commencer à mourir. Apprendre, c’est vivre. Votre partenaire doit vous faire sortir de vos habitudes, même si vous ne le pouvez pas. Votre partenaire, c’est la vie !