Pourquoi je suis dur avec la Force vide (et comment vraiment bouger quelqu’un sans contact)

Dans un certain nombre d’articles précédents (et très probablement dans d’autres à venir), je suis loin d’être gentil envers les personnes qui exercent la «force vide». J’aime à penser que je suis quelqu’un de gentil, donc je vais prendre quelques instants pour expliquer ma position.

Je ne suis pas seulement motivé par la gentillesse. Je crois qu’il y a beaucoup de pensées confuses qui ne prennent pas en compte des phénomènes intéressants, dont certains peuvent être utiles. Éclaircir cela peut être gentil. Plus égoïstement, je crois que les faux super pouvoirs donnent une mauvaise impression des arts martiaux intérieurs au genre de personnes avec lesquelles j’aime travailler.

J’aimerais commencer par quelques expériences personnelles durant lesquelles on faisait la démonstration de la force vide.

Mon premier professeur de Taiji était un pionnier du Taiji à Londres dans les années 1970 et 1980. Le professeur était léger en ce qui concerne les instructions sur la façon exacte d’utiliser le corps, mais plutôt fort en ce qui concerne la philosophie. En classe et pendant la pratique avec partenaire, l’accent était mis sur la concession et la sensibilité. Il y avait différents exercices au cours desquels les élèves étaient projetés de façon spectaculaire par l’enseignant, alors que l’un et l’autre s’étaient à peine, voire pas, toucher. L’enseignant, étant plutôt malin, faisait en général les pratiques avec contact (ou avec énergie) seulement avec certains types d’étudiants. Ceux-ci incluaient les femmes mignonnes et les adeptes masculins difficiles.

Un jour, je me suis retrouvé avec l’enseignant comme partenaire pour l’un de ces exercices. Je me souviens très clairement d’avoir pris la décision de sauter en arrière quand on m’en donnerait le signal (en étant un peu poussé), parce que j’aurais été gêné de ne pas le faire. Je comprends très bien la dynamique de la pression sociale.

Le second était un professeur d’origine chinoise, dans le nord de l’Angleterre, qui a depuis adopté un nom tibétain. Il cultivait une attitude de culte envers ses élèves, qui tournoyaient à travers la pièce au moindre geste de sa main.

J’ai eu le privilège d’exercer la poussée de mains avec ce «maître céleste», mais loin de son grand public habituel. Je n’ai pas été projeté au moindre contact. En fait, je n’ai pas eu l’impression que l’enseignant pouvait vraiment me contrôler d’une quelconque manière. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était d’essayer de garder ses mains sur les miennes (la position du dessus donnant certains avantages) d’une façon légèrement paniquée. Je l’ai laissé faire. Comme je l’ai dit, je pense que je suis gentil.

Cette explication à elle toute seule ne signifie pas grand-chose. Mais plus tard, un élève de cet homme s’installa à Londres, où j’enseignais, et rejoignit ma classe. Chaque fois que je faisais la démonstration d’une technique avec lui, il volait à travers la pièce d’une manière qui était disproportionnée par rapport à ce que j’avais réellement fait. Je lui ai dit d’arrêter d’agir ainsi et il a finalement appris à se comporter en classe comme un être humain raisonnable.

Au fil des années, j’ai eu l’occasion d’examiner un grand nombre de disciplines différentes et de me former avec un grand nombre de personnes. J’ai étudié en profondeur l’expérience subjective et exploré la façon dont elle pouvait être malléable grâce à l’hypnose et la PNL. J’ai appris à reconnaître les différents états de transe en moi-même et chez les autres. Il y a quelques états modifiés très agréables et sains auxquels on peut accéder grâce aux arts martiaux et à la pratique du Qigong. L’expérience intérieure est généralement extrêmement personnelle et si elle est partagée, ce partage est consensuel; les personnes conviennent d’un certain niveau, conscient ou non, pour avoir les mêmes hallucinations.

Les êtres humains sont des primates qui rationalisent. Il y a un grand nombre d’études qui démontrent qu’une fois mis dans une situation, les gens vont rationaliser pour justifier leur comportement.

Dès que vous entrez dans un groupe, vous commencez inévitablement à adopter certains des comportements de ce groupe. Dès que vous vous comportez d’une façon particulière, votre esprit va commencer à justifier et rationaliser le comportement. Avec le temps, vous adopterez les croyances et la vision du monde du groupe. Cela peut inclure les croyances en des pouvoirs basés sur le chi qui autorisent à frapper sans contact.

D’autres études montrent que cette tendance peut être particulièrement forte lorsque la situation ou le comportement est guidé par un symbole de l’autorité. Les professeurs d’arts martiaux tombent presque toujours dans cette catégorie de symbole d’autorité aux yeux de leurs élèves.

C’est une tendance constante au sein des groupes, et des groupes d’arts martiaux, de devenir autoréférentiel. Les techniques et les méthodes de la pratique deviennent des réponses à la question de savoir comment traiter avec les autres dans le même style.

Les tentatives visant à échapper à cette tendance ne fonctionnent pas toujours.

Un ami, Tony Felix, me raconta une fois la façon dont une technique avait été expliquée, dans une école de Taiji,  comme étant utile contre les coups de pied ronds thaï. Pour faire la démonstration, l’enseignant avait demandé à un élève de le frapper comme un boxeur thaï. Il s’agissait d’une tentative d’aller au-delà des limites du style.

Personne, à part mon ami, ne semblait remettre en question le fait que l’élève ne pouvait pas donner un coup de pied comme un boxeur thaï, parce qu’il ne s’était pas entraîné comme un boxeur thaï.

L’élève donna son faux coup de pied thai, l’enseignant contra et le projeta sur son cul. Les membres de l’école étaient contents parce que la supériorité de l’école par rapport à la boxe thaï avait été démontrée. Mon ami, qui avait vraiment été frappé par des boxeurs thaï savait mieux ce qu’il en était.

Lorsque le Championnat de Combat Ultime débuta, il y eut un grand réveil dans les arts martiaux. Tout à coup, des techniques ont été testées en dehors de leur style et se sont souvent avérées être inefficaces.

Le désir de faire fonctionner des choses, qui ne fonctionnent pas réellement, est une force constante dans les arts martiaux, une force dont tous les artistes martiaux doivent se méfier et contre laquelle ils doivent se protéger.

Comme je l’ai dit, il y a quelque chose d’utile à apprendre, à part les dynamiques sociales intéressantes qui conduisent les gens à croire que le qi de leur professeur peut les faire tomber à distance. Il y a certains aspects du travail sans contact avec lesquels je pense qu’il est intéressant de s’amuser.

Nous nous influençons en effet les uns les autres sans contact physique. Mes paroles vous influencent en ce moment, même si elles ne le font peut-être pas comme je le voudrais.

Si quelqu’un bouge pour bloquer une attaque feinte, il a été influencé sans contact.

There is no contact! Is it empty force????!!!!

Nous n’avons pas besoin d’expliquer l’influence sans contact en termes d’énergie intérieure.

Quand il est physiquement très proche des autres êtres humains, notre système nerveux crée un modèle de la posture des corps qui nous entourent. On pense que nous faisons cela pour comprendre l’intention de l’autre, pour prédire son comportement.

Ce système de compréhension ou de prédiction peut être réglé et raffiné. Les pratiques qui se concentrent sur la conscience d’un corps détendu sont très utiles pour cela. Le résultat est un sentiment de rapprochement entre les personnes et souvent une synchronisation des actions qui se produit plus rapidement qu’avec le processus conscient.

Prenez-le d’une certaine façon et vous avez un phénomène de force vide, le sentiment ressenti que l’action d’une autre personne a un effet direct sur votre corps sans contact.

C’est le même phénomène qui permet à deux personnes de lever leurs verres et de boire simultanément, l’une reflétant l’autre spontanément, sans accord au préalable, ni répétition.

Quand je travaille avec des enseignants, je fais de mon mieux pour adopter ce système, car c’est en reflétant l’enseignant que j’ai le plus grand aperçu de la façon de faire ce qu’il fait. J’essaie d’apprendre directement, de système nerveux à système nerveux, sans interférence consciente.

Quand je travaille d’une manière non coopérative, j’utilise le même système. Je ressens la personne qui est en face de moi dans le but de prédire son comportement. Je ne «reçois» pas simplement des informations mais j’en transmets aussi.

En adoptant des postures du corps différentes, je peux, dans une certaine mesure, influencer mon partenaire à bouger. Par exemple, si je lève une main dans une position qui permet de frapper le visage du partenaire avec force, alors il est susceptible de bouger pour contrer la menace. Moins le partenaire voudra être frappé, plus il sera probable qu’il bouge. Avoir une arme mortelle amplifiera généralement cet effet, tout comme avoir le potentiel de frapper très, très fort.

Je ne contrôle pas la façon dont il bouge (ni même “si” il bouge), malgré qu’il y ait certaines tendances prévisibles.

Une fois que l’on s’est familiarisé avec ces tendances, il devient possible de bousculer les gens sans les toucher ou de jouer à un jeu d’échecs sans contact en rivalisant pour la position, en recherchant les «trous» dans la conscience du partenaire.

Plus les deux personnes se mettent d’accord sur les «règles» de ce jeu d’échecs, plus les mouvements des différents partenaires s’emboîtent élégamment.

Cela peut fonctionner à condition que l’autre personne ne s’en prenne pas seulement à moi, ce qui est ce que les vrais attaquants font d’habitude. Toutefois, si ma posture et ma position sont bonnes quand elle m’attaque, je devrais toujours avoir des options pour répondre à un niveau de contact telles que la main menaçante bien placée.

La prise de conscience que cela crée est non seulement intéressante, mais elle  peut aussi être utilisée pour communiquer de façon non verbale dans diverses situations non-martiales. Je suis également prêt à dire que ceci est à la base de la capacité à éprouver de la compassion.

Cela m’attriste que tant de gens soient exclus de ces compétences en raison de la façon dont elles sont habituellement expliquées. Je trouve que l’engagement total des neurones miroirs donne la plus grande expérience de la vie. Je pense que c’est une chose qui vaut la peine d’être défendue.

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