Interne et Externe

Beaucoup de gens sont à la recherche de l’«intérieur» sans savoir clairement ce que «intérieur» signifie vraiment. Si vous ne savez pas ce que c’est, comment pourrez-vous le reconnaître si vous le trouvez. Beaucoup de gens travaillent, je l’espère, en faisant des séries et des formes de qigong, parce que, pour une raison ou pour une autre, ils pensent que cela leur donnera l’«intérieur». Beaucoup de travail qui donne souvent peu de résultat.

Pourquoi les gens sont-ils prêts à travailler autant pour si peu ? Eh bien, mis à part le fait que certains aspects du travail peuvent être physiquement ou socialement agréables, ils ont une idée de ce qu’ils aimeraient que l’«intérieur» soit.

L’«intérieur» devient une boîte noire dans laquelle sont projetés les désirs d’invincibilité, d’immortalité et de tout un tas de super pouvoirs. Ces super pouvoirs sont généralement associés à un mystérieux fluide immatériel, souvent appelé Qi ou Ki, qui circule en provenant de méridiens mystérieux et immatériels.

Je suppose que la majorité des gens qui se sont penchés sur ceci sera en mesure d’en identifier une image prototype, une sorte de carte du corps couverte de lignes, peut-être avec quelques points supplémentaires importants dessus, comme les trois “dan tiens”. Je serais curieux de savoir si les gens ont associé des couleurs à cette carte.

Cette carte n’a pas surgi de nulle part. C’est la représentation visuelle d’une certaine expérience du corps.

Le problème, c’est que beaucoup d’adeptes ne peuvent plus se débarrasser de  la carte (et des histoires de super pouvoirs qu’elle génère). Ils recherchent la carte qu’ils imaginent et ne la trouvent pas. Ils imaginent le qi circulant dans leurs méridiens, mais personne d’autre qu’eux ne semble être capable de le ressentir, et surtout personne ne semble en être affecté, à moins qu’il ne veut l’être (lien).

Travailler de cette façon est une masturbation mentale. Une petite masturbation n’est pas nécessairement une mauvaise chose, mais ne vous attendez pas à ce que cela passe dans vos gènes. 😉

Donc, mettons la carte et les désirs de côté pour un instant.

Voici deux choses que nous savons. L’«intérieur» ne semble pas conduire à l’immortalité : les maîtres d’arts martiaux vieillissent et meurent, parfois en plein combat, donc, l’invincibilité est à écarter aussi. J’en suis désolé, mais je suis sûr que ce n’est pas vraiment une grande surprise !

L’autre chose que nous savons, c’est que les maîtres précédents entraînaient leurs corps rigoureusement. Cela suggère que l’«intérieur» a une sorte de base physique.

Mais si c’est juste physique, pourquoi l’appelle-t-on «intérieur» ?

Eh bien, le terme «intérieur» a plusieurs origines, mais dans la vraie mode yin-yang, il est toujours relatif. «Intérieur» peut signifier relatif à la Chine. Certaines personnes disent que les arts martiaux tels que les Shaolin sont extérieurs parce que leur fondateur légendaire était un bouddhiste indien, et par conséquent, les arts Shaolin viennent de l’extérieur du pays, tandis que le Taiji, le Bagua, etc sont associés à la propre invention du taoïsme chinois. Je pense que c’est une absurdité historiquement erronée et légèrement nationaliste.

«Intérieur» peut également être relatif à un groupe de personnes. Chaque société est pleine d’initiés qui aiment se distinguer des personnes de l’extérieur. Dans le cas des arts martiaux, dans le Pékin du 19ème siècle, il y avait un groupe d’adeptes qui pratiquaient à la fois le Taiji, le Xingyi et le Bagua et qui appelaient leurs pratiques le Neijia, qui est un terme commun pour «intérieur» de nos jours.

Enfin, il y a l’«intérieur» relatif au corps. Dans ce cas, nous pouvons faire la différence entre l’«extérieur», dont le but est de créer un effet à l’extérieur du corps, et l’«intérieur», pour lequel l’attention est placée sur ce qui se passe à l’intérieur du corps.

Dans cette définition, le travail intérieur implique des distinctions subtiles dans la façon dont le corps fonctionne et est contrôlé.

Les distinctions subtiles n’ont un intérêt qu’une fois que les distinctions de base sont comprises. Les distinctions fondamentales peuvent inclure la posture en gros et la conscience du corps en général. Je trouve que beaucoup de gens ne savent pas vraiment sur quelle partie de leurs pieds tombe leur poids, quelle route il prend ou ne connaissent pas la position de leurs membres. À quoi cela servirait de leur demander de faire des distinctions subtiles.

La conscience, la coordination et le contrôle de base doivent passer en premier. Une personne peut-elle réellement sentir ses muscles et idéalement  les détendre individuellement et consciemment ?

Vous pourriez dire que ce processus d’apprentissage du corps est essentiellement intérieur, car cela nécessite de diriger l’attention à l’intérieur pour ressentir ce qui se passe. Il existe des méthodes pour cela, mais cela demande essentiellement de l’attention et du temps.

Une fois qu’un certain niveau de conscience est atteint, alors cela commence à être possible d’être conscient des relations physiques entre les différentes parties du corps et de bouger le corps de façons qui tirent profit de ces relations.

Le processus est essentiellement méditatif. Cela demande de la concentration et de l’assimilation. La respiration joue un rôle majeur car elle est une source constante du mouvement intérieur et elle est consciemment contrôlable. Elle développe la sensibilité, envers ce qui se passe dans le corps, et le calme de l’esprit. Vous ne pouvez pas remarquer ce qui se passe si vous êtes en train de penser au sexe, à faire les magasins, à la politique ou même aux cartes des méridiens. C’est le corps et l’attention au corps.

Contrairement à la pratique spirituelle, le but n’est pas l’illumination ou le nettoyage des émotions négatives. C’est le développement de certaines sortes spécifiques de maîtrise du corps.

Bien sûr, avec l’attention, l’expérience et la concentration, il y a habituellement un certain chevauchement avec la pratique spirituelle et thérapeutique. Les émotions et les pensées sont dans une large mesure ancrées dans les tensions et les réactions physiques habituelles. Apprenez à vous concentrer intérieurement dans la pratique martiale et vous serez susceptibles d’obtenir un plus grand choix sur ce qui était auparavant des réactions inconscientes.

La possibilité d’appliquer ces distinctions intérieures et ces façons de bouger est toujours dépendante du corps extérieur. Il doit y avoir un contact physique pour qu’un transfert de force se produise. Ce contact a besoin d’au moins un alignement momentané des os, des muscles et des tendons pour que le transfert ait lieu.

Cela signifie que la puissance martiale «intérieure» n’arrivera pas simplement à travers les pratiques de méditation assise ou debout. Elle exige également une connaissance de la façon dont ces distinctions et ces alignements s’appliquent à un autre corps, et de la façon d’arriver aux positions relatives du corps où il y a le bon contact. La connaissance théorique ne suffit pas. Cela nécessite d’apprendre à faire face aux coups de poing, aux coups de pied et autres attaques. Cela demande de l’expérience, idéalement de ne pas resté stupide, mais de relever ses manches et de se salir. L’apprentissage se passe quand ce que vous pensiez qui marcherait ne fonctionne pas !

Les artistes martiaux expérimentés et les célèbres vieux maîtres mettent souvent l’accent sur le travail «intérieur» dans leurs pratiques personnelles. C’est très bien pour eux. Ils ont toute une vie d’expérience sur l’apprentissage et  l’application de techniques variées. Toutefois, sans cet apprentissage, ils ne seraient pas capables d’utiliser leurs arts.

Je ne cesse de rencontrer des gens qui essaient de pratiquer comme les vieux maîtres, parce que cela doit être la méthode la plus «avancée». C’est aussi utile qu’une échelle avec seulement quelques échelons à son sommet.

C’est un défi constant pour les enseignants, dans n’importe quel domaine, qui ont développé des compétences, avec le temps, pour réaliser que leurs étudiants n’ont pas la moindre idée de certaines choses qu’ils tenaient pour acquises. Si un enseignant ne se préoccupe pas vraiment du développement de ses étudiants, il est peu probable qu’il réfléchisse beaucoup à ceci.

Un enseignant des arts martiaux «intérieurs»  devrait avoir une certaine idée de la façon dont on développe un élève en particulier. Il peut y avoir de grandes similitudes dans la façon dont le développement se produit, mais cela varie d’une personne à l’autre, en fonction des différences au niveau de l’expérience, de la capacité, du physique, de la coordination et de la psychologie.

Mon intention, quand j’ai commencé à écrire ceci, était d’aider les gens à reconnaître que la formation «intérieure» est un processus physique dépendant de la coordination et du contrôle. J’espère que j’ai réussi dans une certaine mesure à le démontrer. Cela m’attriste de voir des gens dans les arts intérieurs en train de pourchasser les fantômes de leur imagination. J’aime l’imagination, elle crée l’humour, la littérature et beaucoup d’autres choses, mais l’art exige une technique.

Bientôt, j’aimerais passer un peu de temps sur ce site pour exposer les grandes lignes d’une certaine partie de ce processus en termes simples et compréhensibles, ce qui, je l’espère, sera directement applicable à une pratique individuelle.

, , , , ,

Comments are closed.

Powered by WordPress. Designed by WooThemes